Tout a une origine. Tout a un commencement, un début. Tout a un passé, une histoire qui toujours détermine notre avenir.
Cette histoire commence il y a bien longtemps, bien avant la naissance de Sonic. À une époque où les humains et les hybrides ne cohabitaient pas encore. La civilisation terrienne était à son apogée, les différents états qui la composaient avaient plus ou moins réussi à se mettre d'accord pour collaborer à la conquête spatiale. En un rien de temps les découvertes et les innovations technologiques avaient pris un essor considérable. Les hommes étaient désormais capables de voyager dans l'espace et voulaient répondre à cette éternelle question. Sommes-nous seul dans l'univers ? Plusieurs sondes avaient déjà été envoyées sur toutes les planètes du système solaire et sur certains de leurs satellites. Très vite les savants avaient repéré trois planètes susceptibles d'accueillir la vie. D'autres missions inhabitées avaient vu le jour avec pour objectif : Trouver une vie extraterrestre. Les chercheurs ne s'attendaient pas à des miracles et ne furent pas surpris que deux d'entre elles n'aient renvoyé que des microorganismes. Pourtant à la grande joie de tous, celle qui devait observer le troisième satellite d'une géante gazeuse avait renvoyé des images d'une flore presque identique à la Terre. Les scientifiques venaient de recevoir la confirmation de la présence d'une autre forme de vie. Les journaux ne parlaient plus que de l'expédition qui aurait lieu dans un mois. Celle qui enverrait des hommes sur une autre planète. Le vieux rêve de l'humanité prenait enfin corps. L'euphorie de la découverte rendait la population joviale, les spéculations sur la physionomie de ce Nouveau Monde et de ses habitants allaient bon train. La plupart des jeunes gens rêvaient de pouvoir un jour explorer d'eux-mêmes ces mondes inconnus.
Kenny ne faisait pas exception, la biologie l'avait toujours passionné et c'était donc naturellement qu'il en avait fait ses études. Mais il voulait comme tous les jeunes de son âge explorer les contrées mystérieuses et sauvages qu'offraient ces nouvelles planètes. C'était justement à ces terres fantastiques qu'il rêvait, écoutant à peine son professeur. Plutôt petit pour son âge, mais athlétique Kenny avait les yeux noirs bridés et la peau bronzée. Ses cheveux bruns bouclaient légèrement signe de ses origines métisses. Les yeux fixés sur la fenêtre, perdu dans ses pensées le jeune homme d'une vingtaine d'année arborait un large sourire, jouant distraitement avec son crayon. Il s'imaginait en train de faire des rencontres étonnantes avec des petits hommes verts aux grands yeux noirs en amande.
- Monsieur Shinzen. Pouvez-vous me citer les éléments nécessaires à l'éclosion la vie ? Demanda brusquement le professeur.
Personne ne répondit dans la salle, les dizaines d'élèves studieux avaient quitté le tableau blanc des yeux pour observer en ricanant l'interpellé toujours perdu dans ses rêves. Sans se départir de sa patience, l'enseignant regarda Kenny fixement croisant les bras sur la poitrine, plissant les yeux derrière ses petites lunettes, il répéta plus fort.
- Monsieur Shinzen !
Cette fois l'injonction fit sursauter le garçon. Complètement perdu, il mit quelques secondes avant de comprendre qu'il était interrogé. Ne sachant ni la question et encore moins la réponse il bafouilla :
- Hum je crois... C'est peut-être....
Cherchant désespérément du regard le soutient d'un de ses camarades le jeune homme brun suait à grosses gouttes. Le professeur Robotnik n'était pas du genre à admettre des élèves rêveurs dans son cours. Désespéré, il regarda le tableau où une formule était écrite.
- Il manque deux atomes de carbone pour l'équilibrer monsieur, répondit-il en espérant que la question était bien : comme équilibrer l'équation ?
L'éclat de rire général qui suivit sa déclaration lui indiqua immédiatement qu'il s'était lourdement trompé.
Le professeur fronça les sourcils et soupira profondément avant de répondre.
- Je suis ravi de voir que vous pouvez résoudre ce problème que j'ai posé aux premières années, il y a une heure. Mais j'en attendais plus d'un élève de votre niveau.
Se retournant vers le tableau, l'enseignant reprit son cours avec un calme exemplaire tandis que dans la salle, les rires redoublaient d'intensité.
Jamais Kenny ne s'était senti aussi humilié. Son voisin, un rouquin joufflu à la tignasse épaisse se tourna vers lui hilare.
- Alors là t'as fait très fort, même moi j'aurai pu répondre.
- J'écoutais pas ! se justifia le jeune homme. T'aurais pu me le dire.
Son camarade pouffa de rire avant de s'en retourner à son cahier. Dessus, Kenny ne vit que des schémas complexes et des formules de physique. Visiblement son ami n'écoutait pas plus que lui le cours, trop occupé à ses dessins.
Kenny suivit avec attention les propos du professeur, mais à aucun moment, celui-ci ne l'interrogea de nouveau. À la fin de l'heure, il prit son courage à deux mains et alla trouver l'enseignant.
- Veuillez m'excuser! dit-il la tête basse.
Le professeur le regarda longuement avant de répondre.
- Vous êtes un élève brillant Shinzen, il vous faudrait juste être un peu plus attentif. L'examen est dans une semaine, vous pourrez rêver plus tard.
- Oui je sais bien c'est que je me demandais à quoi peut bien servir ma spécialité ici. Cela reste théorique jamais je ne pourrai l'appliquer. Je songeais à l'expédition dont tout le monde parle.
L'enseignant sembla réfléchir un moment puis il s'assit à son bureau en soupirant.
- Toutes recherches commencent par la théorie, mais peut-être pas pour vous. Je souhaitais attendre avant de vous en parler mais... Le gouvernement m'a proposé de participer à cette expédition, seulement j'ai un autre projet en cours. Je leur ai suggéré votre candidature. Ils ne devraient pas tarder à vous contacter.
Kenny n'arrivait pas à le croire. Un moment il crut être toujours en train de rêver.
- Ma candidature ? répéta-t-il incrédule.
- À la condition évidemment que vous réussissiez votre examen. Alors cessez de rêvasser pendant mes cours et vous aurez peut-être la chance d'utiliser vos connaissances sur le terrain. Conclut le professeur avec un sourire.
Kenny sortit de la salle en titubant, on aurait dit qu'il était ivre. Il n'arrivait pas à réaliser ce que venait de lui annoncer le professeur Robotnik. Devant la porte, son ami rouquin l'attendait et fut surpris de son attitude.
- Eh t'as bu ou quoi ?
Le jeune homme avait du mal à aligner deux phrases, mais expliqua t'en bien que mal la situation à son ami. Le rouquin était aux anges, sautillant dans le couloir comme un enfant qui aurait reçu le dernier jouet à la mode. Mais Kenny n'y prêtait aucune attention. Si il obtenait son diplôme ? Il était le meilleur de sa classe obtenir son diplôme était plus une formalité qu'une épreuve. Bien décidé à mettre toutes les chances de son côté, le jeune garçon passa la semaine à réviser dans le plus grand sérieux.
Les examens se déroulèrent dans le plus grand stress, et l'attente des résultats encore plus. C'était toujours le même souci pour la plupart des étudiants, même Kenny d'ordinaire si confiant en lui faisait les cent pas devant le tableau d'affichage. Les dirigeants de l'expédition avaient pris contact pour lui proposer un poste, qu'il avait immédiatement accepté. Le départ était prévu pour la semaine suivante et tous ses bagages étaient déjà prêts. Il ne lui manquait que la confirmation de l'obtention de son diplôme.
- Arrête de t'angoisser Kenny, tu es sûr de l'avoir! s'exclama un jeune homme roux dont les yeux bleus suivaient les allées et venues de son ami.
- J'peux pas m'en empêcher évidemment toi t'es sûr de revenir l'année prochaine !
Son camarade éclata de rire, si Kenny était le premier de sa session, Junior lui était le dernier uniquement là car son père voulait qu'il fasse de longues études. Il avait choisi ses cours pour rester avec son ami d'enfance. Kenny savait qu'il préparait parallèlement un autre diplôme.
- Non je ne reviendrais pas, je me suis fait engagé par la Robcorp. Répondit le rouquin.
- Quoi ? Mais tu me l'avais pas dit ? S'exclama soudain Kenny en s'arrêtant devant son camarade.
- Si je te l'ai dit mais tu ne m'écoutais pas comme d'habitude, répondit-il en haussant les épaules. Et devine quoi, j'ai réussi à me faire intégrer dans l'expédition. Va encore falloir que tu me supportes !
Kenny en resta bouche bée. Son meilleur ami allait faire partie de son expédition. Il était partagé entre la joie de rester avec lui et la jalousie. Junior passait tout son temps à draguer les filles et à gribouiller sur ses calepins. Comment avait-il réussi à se faire admettre dans la plus grande société de robotique et dans l'expédition. Enfin il comprit ce que cela signifiait.
- Tu as eu ton doctorat de physique ? Et ton père tu lui as dit ?
- Major de ma promo et dire que je ne suis jamais allé en cours. Quant à mon père, il s'en fiche comme de sa première chemise. Un physicien ne fera jamais rien d'intéressant. Il ne sait même pas que j'ai ce poste alors qu'il possède plus de la moitié des actions de cette entreprise. Répondit Junior. En faisant la moue.
Sa famille était l'une des plus riches et des plus influentes du pays. Junior n'avait jamais souffert d'être privé de quoi que ce soit, mais en voulait terriblement à son père de vouloir diriger sa vie. Il aurait préféré que son fils unique fasse de hautes études de commerce pour pouvoir reprendre les rênes du portefeuille familial. C'était par rébellion que Junior avait choisi de suivre les mêmes cours que Kenny sans faire le moindre effort. Le métis le soupçonnait d'être bien plus doué qu'il ne le laissait entendre, il l'avait plusieurs fois surpris à bricoler sur des machines. Kenny était convaincu que si Junior avait voulu être en tête de la session, il lui aurait juste fallu lire au moins une fois les livres qu'on leurs avait fourni. Mais celui-ci préférait largement les thèses et les derniers essais sur la mécanique que publiait son magazine favori. Et il savait que Junior préparait avec des cours par correspondance un diplôme de physique des particules.
- La robotique, ça toujours été ton truc ! s'exclama Kenny.
Les résultats tombèrent à ce moment-là coupant court à la conversation. Les deux garçons se précipitèrent sur le panneau d'affichage où la secrétaire accrochait des pages remplis de noms. Comme d'un fait exprès la dernière page affichée correspondait à leur cursus. Jouant des coudes pour passer, ils arrivèrent enfin à voir la feuille. Kenny y trouva très vite son nom en haut de la liste et en cherchant un peu découvrit presque en bas de la feuille celui de son ami.
Tous excités, les deux garçons fêtèrent dignement l'événement dans leur appartement. Une simple chambre dont la seule table croulait sous les livres et les classeurs.
- J'en reviens pas que t'ais réussi ! s'exclama Kenny.
- Oui j'ai eu de la chance ou bien c'est mon génie, ricana Junior.
La soirée se déroula dans une ambiance festive ainsi que presque tout le reste de la semaine.
Le grand jour était arrivé, Kenny attendait à la réception du grand complexe. Son ami Junior avait déjà commencé son travail. Mais il savait qu'ils se retrouveraient dans l'immense vaisseau qui les conduirait sur le Nouveau Monde comme l'appelaient les médias. Enfin une jeune femme à peine plus âgée que lui vint à sa rencontre. Elle se présenta et le guida jusqu'à une salle de briefing. Elle s'appelait Julianne Berringer et était en quelque sorte son supérieur. C'est elle qui dirigeait les services de recherches pour l'expédition. Ses cheveux blonds retenus par une queue-de-cheval se balançaient dans un rythme régulier suivant le déhanchement de la chercheuse. Kenny était subjugué et se retenait à grand peine de fixer les formes voluptueuses de la jeune femme. Elle s'effaça pour le laisser entrer dans une grande salle. Il n'y avait pas de chaises, pas de tables, juste une immense salle avec un écran géant. Le nombre astronomique de personnes dans la pièce était à couper le souffle. Il y avait des militaires que l'on identifiait facilement à leurs uniformes, des civiles, sûrement des chercheurs comme Kenny ainsi que le personnel navigant. Bientôt l'écran géant s'illumina et montra un navire, baptisé Santa Maria, digne des meilleurs films de science fiction. L'objectif fit le tour du bâtiment expliquant aux futurs explorateurs ce qui allait être pour plusieurs mois leur seule maison. Puis on leur expliqua le but de leur mission, les dangers auxquels ils auraient peut-être à faire face. Enfin ils embarquèrent sur une petite navette qui les conduisit en orbite. Le Santa Maria était bien trop imposant pour décoller de la Terre et avait été assemblé en orbite. Il ne devait pas non plus se poser sur le Nouveau Monde et servirait de relais avec la Terre. Julianne donna à Kenny une clef et un plan du navire. Il réussit sans trop de mal à trouver sa cabine et s'y installa. Ce n'était pas très spacieux mais confortable. Un peu plus petit que son appartement, il y avait tout le nécessaire, une cuisinette, même un petit bureau. Le lit s'encastrait dans le plafond pour faire de la place, et les étagères dissimulées dans les murs étaient presque invisibles une fois fermées. Il se hâta de ranger ses affaires. Il avait rendez-vous juste avant le départ pour une réunion avec l'équipe de recherche de son département. Rapidement il sortit pour se mettre en quête du laboratoire. Se perdre dans le labyrinthe des coursives le hantait, mais finalement la signalétique et le plan suffirent à le mener à bon port. Julianne était dans le labo et lui présenta ses deux partenaires.
- Tilia Klan, notre experte en biologie moléculaire et voici Jordan Grey notre chimiste.
Kenny se présenta à son tour et Jordan était aussi excité que lui de partir. Un peu plus âgé, c'était un grand gaillard d'origine africaine, il n'arrêtait pas de faire des suppositions sur le Nouveau Monde. Tilia était plus posée et calme. Cette jeune femme de vingt-cinq ans avait de longs cheveux bruns ondulés qui lui arrivaient au milieu du dos, et des yeux verts qui scrutaient avec attention le matériel qu'on leur avait fourni. Il faut dire que le laboratoire était équipé des dernières innovations en matière de recherche. Un microscope électronique dernier cri attirait plus particulièrement son attention. Kenny s'approcha :
- Nous sommes gâtés par le matériel.
- Effectivement, même à l'université, ils n'en ont pas d'aussi performant, et il paraît qu'on a encore plein de chose à ne déballer que sur place.
Kenny hocha la tête pour confirmer et ils discutèrent ainsi jusqu'à l'heure du départ.
Le voyage fut long et ennuyeux, il y avait bien des occupations à bord du Santa Maria, mais Kenny passa la majeure partie de son rare temps libre à la recherche de son ami. Demandant autour de lui si personne ne l'avait vu. Il passa le voyage entre les différentes réunions ennuyeuses de préparation et son errance dans les couloirs pour trouver la cabine de son ami. Il s'était bien présenté aux bureaux de la Robcorp, mais on lui avait bien fait comprendre que chercher un employé parmi tant d'autres n'était pas leur priorité. Le Santa Maria était immense et même durant les trois longues semaines du voyage il ne parvint pas à en faire le tour complet. C'était un fier vaisseau de forme cylindrique, il tournait sans cesse sur lui-même pour permettre d'obtenir une gravité artificielle. Les cabines des passagers étaient reparties sur plusieurs dizaines d'étages. Il y avait des commerces, des ateliers qui faisaient de cette partie de vaisseau une véritable ville spatiale. Le reste du navire renfermait les laboratoires et des hangars où était entreposé le matériel indispensable à l'expédition. Sortant d'une énième réunion, Kenny se promenait dans les allées de la cité spatiale, laissant vagabonder son regard sur les larges panneaux qui recouvrait les murs. Ceux-ci pouvaient changer d'apparence le plus souvent montrant une grande prairie verte ou une cascade. Ils servaient également à prévenir en urgence la population si besoin. C'est justement ainsi que Kenny sut qu'ils étaient parvenus à destination. Les écrans géants devinrent soudain sombres montrant le vide sidéral, puis apparue au loin une planète géante entourée d'anneaux, plus près encore le métis vit leur Nouveau Monde. Plus l'image se rapprochait plus le garçon fasciné pouvait la scruter en détail. La nouvelle planète ressemblait beaucoup à la Terre : plus petite mais aussi bleue, sa géographie était radicalement différente. Il y avait trois grands continents dont un au pôle sud recouvert de glace. Et tout un archipel d'îles se déployait dans un immense océan qui séparait les deux continents.
Enfin le Nouveau Monde était en vue et son travail pouvait commencer. Kenny se précipita vers le laboratoire tandis qu'une voix sortie des hauts parleurs leur annoncer leur arrivée.
Dans un premier temps, toutes les équipes se mirent d'accord pour organiser les opérations et ils ne durent se contenter de relevés atmosphériques. Il fallait être certain que cette planète pouvait les accueillir sans danger. Le laboratoire confirma rapidement la présence d'un air respirable. Un mélange d'oxygène et d'azote, presque identique à celui de la Terre, quant à la pression et la gravitée elles étaient légèrement plus élevées ce qui ne devait pas poser de souci. Les explorateurs seraient simplement un peu plus lourds. L'ensemble de l'expédition était dirigé par le général Johnson. Aucune décision ne pouvait être prise sans son accord. Il décida d'atterrir sur le plus petit continent dans un terrain dégagé ressemblant à un désert. Kenny aurait voulu être le premier à poser le pied sur ce Nouveau Monde mais, ce fut aux militaires que revint cet honneur. Ils voulaient sécuriser le périmètre avant d'autoriser les civils à descendre. De toute façon seules quelques personnes furent autorisées à mettre pied à terre, heureusement Kenny en faisait partie. Le jeune homme prit donc son mal en patience et débarqua avec la seconde navette. Les premiers jours, il dut refréner son envie de partir en exploration pour aider à monter le campement, de plus les militaires ne leur autorisaient aucune sortie. La petite communauté s'installa, déballa le matériel de pointe et commença à prélever des échantillons. Le général avait établi son campement non loin d'une immense oasis. Tilia avait isolé quelques bactéries dans le sol et put commencer son travail d'analyse.
Ce ne fut qu'au bout d'une semaine que Kenny prit la décision de s'enfoncer un peu plus sur cette terre inconnue. Au volant d'une petite jeep, il s'éloigna du désert, il voulait atteindre l'oasis et étudier la flore plus abondante, ramener quelques spécimens. Julianne aussi impatiente avait proposé de l'accompagner. Cela ne dérangea pas le garçon, il se sentait très attiré par la jeune femme. Son c½ur faisait des bons à chaque fois qu'elle lui adressait la parole. Il suffisait qu'elle passe près de lui pour qu'une bouffé de chaleur lui monte aux joues. Au campement presque tout le monde avait deviné les sentiments que Kenny tentait désespérément de cacher. Il faut dire que le jeune métis ne la laissait pas indifférente. Mais Julianne tenait à garder entre eux un rapport strictement professionnel. Du moins pour le temps de la mission.
Ils s'arrêtèrent à l'entrée de l'oasis. Elle était si grande qu'on aurait dit une forêt, et semblait se prolonger sur plusieurs kilomètres. Les arbres ressemblaient à si méprendre aux espèces connues sur Terre mais tellement plus grand. Kenny se tenait devant un palmier qui atteignait deux fois la taille de ceux qu'il avait vus sur sa planète natale. Tandis que Julianne dessinait des croquis, le métis s'avança dans les bois jusqu'à arrive à une clairière au milieu de laquelle s'étendait une petite mare. Ce qu'il vit, le fit sursauter : de petites créatures bleues volaient au-dessus de l'eau. Elles étaient étranges, d'à peine quelques centimètres, une petite boule jaune flottait au-dessus de leur tête. Elle avait de petites ailes rouges ou roses et ne semblait pas prêter attention à l'inconnu qui débarquait dans leur paradis. Kenny à pas prudent pour ne pas les effrayer s'avança. Il marcha par inadvertance sur une brindille, le craquement sec alerta les créatures qui prises de panique, s'enfuirent dans tous les sens. Étouffant un juron le jeune homme s'approcha de la mare dans l'espoir d'y trouver des restes de repas ou des excréments qui pourraient l'informer un peu plus sur ces animaux. Il était ravi, lui exobiologiste, allait enfin pouvoir faire ses recherches sur une vie extraterrestre plus élaborée que des microorganismes. Même si ceux-ci n'étaient pas verts avec de grands yeux noirs.
Malheureusement il ne trouva rien et ce fut bredouille qu'il revint vers Julianne. Il lui expliqua sa surprenante découverte et fit un croquis des créatures. De retour au camp les deux jeunes gens expliquèrent leur aventure aux autres et bientôt un état d'effervescence régnait dans la petite communauté. Deux jours de suite Kenny accompagné de deux militaires retourna au point d'eau, mais les créatures ne refirent pas leur apparition. Les soldats pensaient que ces animaux pouvaient être dangereux et ne souhaitaient pas que les chercheurs partent seuls. De son côté, le métis était persuadé que c'était la présence des militaires qui effrayait les animaux.
Après plusieurs jours à attendre en vain, Kenny décida d'aller encore plus loin. Au court d'une réunion, il proposa son idée.
- Il y a des animaux, on en a la preuve, il faut simplement chercher plus loin, dit-il, pour tenter de convaincre l'officier.
- VOUS avez vu ces créatures ! Il n'y a aucune preuve qu'elles existent. Docteur. L'expédition retourne en orbite dès demain, répondit le général.
Kenny fulminait, non seulement l'officier le traitait de menteur, mais en plus il voulait mettre fin à sa mission.
- Demain mais nous avons à peine commencé l'exploration, intervint Julianne.
- Vous avez vos échantillons, vous les étudierez dans le vaisseau. Je vais envoyer une équipe pour explorer le terrain.
- Une équipe ? explosa Kenny, vous voulez dire vos soldats, c'est pas une mission militaire que je sache.
- Détrompez vous. Si ce territoire est viable nous devons le coloniser, s'exclama le soldat.
Kenny tombait des nus. Etait-il si naïf pour croire que les militaires étaient là uniquement pour assurer leur protection en cas de danger ? Julianne regarda le jeune homme avec un mélange de tristesse et de pitié. Celui-ci se sentit très mal à l'aise. La jeune femme le prenait elle aussi pour un menteur ? La réunion se finit rapidement la décision était prise et nul ne pouvait revenir dessus. Dans sa tente, ce soir-là Kenny rumina sa rage et établissait déjà un plan pour continuer ses recherches. En peu de temps, il fourra quelques affaires dans son sac à dos et sortit discrètement du campement. Il se rendit à pied dans l'oasis ne voulant pas réveiller les autres avec le bruit du moteur. Il voulait s'assurer d'une courte avance. Il marcha d'un pas vif et atteignit la forêt avant le levé du soleil. Il s'y enfonça pour arriver à la mare, la dépassa et commença son voyage vers l'inconnu, sans se douter qu'il était suivi. Dans les feuillages, deux yeux rubis observaient attentivement le jeune homme.