Genèse (l'origine de Mobius)

CHAPITRE 1 : UN NOUVEAU MONDE.
CHAPITRE 2 : UNE RENCONTRE INATTENDUE
CHAPITRE 3 : TOUT AVAIT SI BIEN COMMENCE !
CHAPITRE 4 : LE CHANTIER MAUDIT
CHAPITRE 5 : UNE BIEN ETRANGE HYBRIDE.
CHAPITRE 6 : MERIN HEROS DES LOUPS
CHAPITRE 7 LA FORET DE CHAMPIGNONS
CHAPITRE 8 : LE GRAND CONSEIL
CHAPITRE 9 : MUTINERIE
CHAPITRE 10 : LA FORET ENFOUIE.
CHAPITRE 11 : SECRETS ET MENSONGES
CHAPITRE 12 : LES CENDRES DE KAMEL'CH
CHAPITRE 13 : UNE DECISION IMPORTANTE
CHAPITRE 14 : GUERILLA
CHAPITRE 15 : LE CLAN DU DESERT
CHAPITRE 16 : LES CATACOMBES
CHAPITRE 17 : LE SECRET DE L'ILE SANCTUAIRE
CHAPITRE 18 : SOUVENIRS
CHAPITRE 19 : RETROUVAILLES ET DESILLUSIONS
CHAPITRE 20 : TITAUA
CHAPITRE 21 : LA MEMOIRE DES LOUPS
CHAPITRE 22 : PIEGES
CHAPITRE 23 LA DERNIERE EMERAUDE
CHAPITRE 24 LE SIEGE DE SERETINIA
CHAPITRE 25 : DERNIERE BATAILLE
CHAPITRE 26 : LE PROJET SHADOW
CHAPITRE 27 : LA DISPARITION DES ECHIDNES

Voila déjà le sommaire de la fic !

Des dessinatrices talentueuses ont illustré certain chapitre.



[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 14 avril 2009 12:38

Modifié le mardi 08 septembre 2009 12:01

Chapitre 1 : Un Nouveau Monde

Tout a une origine. Tout a un commencement, un début. Tout a un passé, une histoire qui toujours détermine notre avenir.

Cette histoire commence il y a bien longtemps, bien avant la naissance de Sonic. À une époque où les humains et les hybrides ne cohabitaient pas encore.





La civilisation terrienne était à son apogée, les différents états qui la composaient avaient plus ou moins réussi à se mettre d'accord pour collaborer à la conquête spatiale. En un rien de temps les découvertes et les innovations technologiques avaient pris un essor considérable. Les hommes étaient désormais capables de voyager dans l'espace et voulaient répondre à cette éternelle question. Sommes-nous seul dans l'univers ? Plusieurs sondes avaient déjà été envoyées sur toutes les planètes du système solaire et sur certains de leurs satellites. Très vite les savants avaient repéré trois planètes susceptibles d'accueillir la vie. D'autres missions inhabitées avaient vu le jour avec pour objectif : Trouver une vie extraterrestre. Les chercheurs ne s'attendaient pas à des miracles et ne furent pas surpris que deux d'entre elles n'aient renvoyé que des microorganismes. Pourtant à la grande joie de tous, celle qui devait observer le troisième satellite d'une géante gazeuse avait renvoyé des images d'une flore presque identique à la Terre. Les scientifiques venaient de recevoir la confirmation de la présence d'une autre forme de vie. Les journaux ne parlaient plus que de l'expédition qui aurait lieu dans un mois. Celle qui enverrait des hommes sur une autre planète. Le vieux rêve de l'humanité prenait enfin corps. L'euphorie de la découverte rendait la population joviale, les spéculations sur la physionomie de ce Nouveau Monde et de ses habitants allaient bon train. La plupart des jeunes gens rêvaient de pouvoir un jour explorer d'eux-mêmes ces mondes inconnus.

Kenny ne faisait pas exception, la biologie l'avait toujours passionné et c'était donc naturellement qu'il en avait fait ses études. Mais il voulait comme tous les jeunes de son âge explorer les contrées mystérieuses et sauvages qu'offraient ces nouvelles planètes. C'était justement à ces terres fantastiques qu'il rêvait, écoutant à peine son professeur. Plutôt petit pour son âge, mais athlétique Kenny avait les yeux noirs bridés et la peau bronzée. Ses cheveux bruns bouclaient légèrement signe de ses origines métisses. Les yeux fixés sur la fenêtre, perdu dans ses pensées le jeune homme d'une vingtaine d'année arborait un large sourire, jouant distraitement avec son crayon. Il s'imaginait en train de faire des rencontres étonnantes avec des petits hommes verts aux grands yeux noirs en amande.

- Monsieur Shinzen. Pouvez-vous me citer les éléments nécessaires à l'éclosion la vie ? Demanda brusquement le professeur.

Personne ne répondit dans la salle, les dizaines d'élèves studieux avaient quitté le tableau blanc des yeux pour observer en ricanant l'interpellé toujours perdu dans ses rêves. Sans se départir de sa patience, l'enseignant regarda Kenny fixement croisant les bras sur la poitrine, plissant les yeux derrière ses petites lunettes, il répéta plus fort.

- Monsieur Shinzen !

Cette fois l'injonction fit sursauter le garçon. Complètement perdu, il mit quelques secondes avant de comprendre qu'il était interrogé. Ne sachant ni la question et encore moins la réponse il bafouilla :

- Hum je crois... C'est peut-être....

Cherchant désespérément du regard le soutient d'un de ses camarades le jeune homme brun suait à grosses gouttes. Le professeur Robotnik n'était pas du genre à admettre des élèves rêveurs dans son cours. Désespéré, il regarda le tableau où une formule était écrite.

- Il manque deux atomes de carbone pour l'équilibrer monsieur, répondit-il en espérant que la question était bien : comme équilibrer l'équation ?

L'éclat de rire général qui suivit sa déclaration lui indiqua immédiatement qu'il s'était lourdement trompé.
Le professeur fronça les sourcils et soupira profondément avant de répondre.

- Je suis ravi de voir que vous pouvez résoudre ce problème que j'ai posé aux premières années, il y a une heure. Mais j'en attendais plus d'un élève de votre niveau.

Se retournant vers le tableau, l'enseignant reprit son cours avec un calme exemplaire tandis que dans la salle, les rires redoublaient d'intensité.
Jamais Kenny ne s'était senti aussi humilié. Son voisin, un rouquin joufflu à la tignasse épaisse se tourna vers lui hilare.

- Alors là t'as fait très fort, même moi j'aurai pu répondre.
- J'écoutais pas ! se justifia le jeune homme. T'aurais pu me le dire.

Son camarade pouffa de rire avant de s'en retourner à son cahier. Dessus, Kenny ne vit que des schémas complexes et des formules de physique. Visiblement son ami n'écoutait pas plus que lui le cours, trop occupé à ses dessins.
Kenny suivit avec attention les propos du professeur, mais à aucun moment, celui-ci ne l'interrogea de nouveau. À la fin de l'heure, il prit son courage à deux mains et alla trouver l'enseignant.

- Veuillez m'excuser! dit-il la tête basse.
Le professeur le regarda longuement avant de répondre.
- Vous êtes un élève brillant Shinzen, il vous faudrait juste être un peu plus attentif. L'examen est dans une semaine, vous pourrez rêver plus tard.
- Oui je sais bien c'est que je me demandais à quoi peut bien servir ma spécialité ici. Cela reste théorique jamais je ne pourrai l'appliquer. Je songeais à l'expédition dont tout le monde parle.
L'enseignant sembla réfléchir un moment puis il s'assit à son bureau en soupirant.
- Toutes recherches commencent par la théorie, mais peut-être pas pour vous. Je souhaitais attendre avant de vous en parler mais... Le gouvernement m'a proposé de participer à cette expédition, seulement j'ai un autre projet en cours. Je leur ai suggéré votre candidature. Ils ne devraient pas tarder à vous contacter.
Kenny n'arrivait pas à le croire. Un moment il crut être toujours en train de rêver.
- Ma candidature ? répéta-t-il incrédule.
- À la condition évidemment que vous réussissiez votre examen. Alors cessez de rêvasser pendant mes cours et vous aurez peut-être la chance d'utiliser vos connaissances sur le terrain. Conclut le professeur avec un sourire.

Kenny sortit de la salle en titubant, on aurait dit qu'il était ivre. Il n'arrivait pas à réaliser ce que venait de lui annoncer le professeur Robotnik. Devant la porte, son ami rouquin l'attendait et fut surpris de son attitude.

- Eh t'as bu ou quoi ?

Le jeune homme avait du mal à aligner deux phrases, mais expliqua t'en bien que mal la situation à son ami. Le rouquin était aux anges, sautillant dans le couloir comme un enfant qui aurait reçu le dernier jouet à la mode. Mais Kenny n'y prêtait aucune attention. Si il obtenait son diplôme ? Il était le meilleur de sa classe obtenir son diplôme était plus une formalité qu'une épreuve. Bien décidé à mettre toutes les chances de son côté, le jeune garçon passa la semaine à réviser dans le plus grand sérieux.

Les examens se déroulèrent dans le plus grand stress, et l'attente des résultats encore plus. C'était toujours le même souci pour la plupart des étudiants, même Kenny d'ordinaire si confiant en lui faisait les cent pas devant le tableau d'affichage. Les dirigeants de l'expédition avaient pris contact pour lui proposer un poste, qu'il avait immédiatement accepté. Le départ était prévu pour la semaine suivante et tous ses bagages étaient déjà prêts. Il ne lui manquait que la confirmation de l'obtention de son diplôme.

- Arrête de t'angoisser Kenny, tu es sûr de l'avoir! s'exclama un jeune homme roux dont les yeux bleus suivaient les allées et venues de son ami.
- J'peux pas m'en empêcher évidemment toi t'es sûr de revenir l'année prochaine !

Son camarade éclata de rire, si Kenny était le premier de sa session, Junior lui était le dernier uniquement là car son père voulait qu'il fasse de longues études. Il avait choisi ses cours pour rester avec son ami d'enfance. Kenny savait qu'il préparait parallèlement un autre diplôme.

- Non je ne reviendrais pas, je me suis fait engagé par la Robcorp. Répondit le rouquin.
- Quoi ? Mais tu me l'avais pas dit ? S'exclama soudain Kenny en s'arrêtant devant son camarade.
- Si je te l'ai dit mais tu ne m'écoutais pas comme d'habitude, répondit-il en haussant les épaules. Et devine quoi, j'ai réussi à me faire intégrer dans l'expédition. Va encore falloir que tu me supportes !

Kenny en resta bouche bée. Son meilleur ami allait faire partie de son expédition. Il était partagé entre la joie de rester avec lui et la jalousie. Junior passait tout son temps à draguer les filles et à gribouiller sur ses calepins. Comment avait-il réussi à se faire admettre dans la plus grande société de robotique et dans l'expédition. Enfin il comprit ce que cela signifiait.

- Tu as eu ton doctorat de physique ? Et ton père tu lui as dit ?
- Major de ma promo et dire que je ne suis jamais allé en cours. Quant à mon père, il s'en fiche comme de sa première chemise. Un physicien ne fera jamais rien d'intéressant. Il ne sait même pas que j'ai ce poste alors qu'il possède plus de la moitié des actions de cette entreprise. Répondit Junior. En faisant la moue.

Sa famille était l'une des plus riches et des plus influentes du pays. Junior n'avait jamais souffert d'être privé de quoi que ce soit, mais en voulait terriblement à son père de vouloir diriger sa vie. Il aurait préféré que son fils unique fasse de hautes études de commerce pour pouvoir reprendre les rênes du portefeuille familial. C'était par rébellion que Junior avait choisi de suivre les mêmes cours que Kenny sans faire le moindre effort. Le métis le soupçonnait d'être bien plus doué qu'il ne le laissait entendre, il l'avait plusieurs fois surpris à bricoler sur des machines. Kenny était convaincu que si Junior avait voulu être en tête de la session, il lui aurait juste fallu lire au moins une fois les livres qu'on leurs avait fourni. Mais celui-ci préférait largement les thèses et les derniers essais sur la mécanique que publiait son magazine favori. Et il savait que Junior préparait avec des cours par correspondance un diplôme de physique des particules.

- La robotique, ça toujours été ton truc ! s'exclama Kenny.

Les résultats tombèrent à ce moment-là coupant court à la conversation. Les deux garçons se précipitèrent sur le panneau d'affichage où la secrétaire accrochait des pages remplis de noms. Comme d'un fait exprès la dernière page affichée correspondait à leur cursus. Jouant des coudes pour passer, ils arrivèrent enfin à voir la feuille. Kenny y trouva très vite son nom en haut de la liste et en cherchant un peu découvrit presque en bas de la feuille celui de son ami.
Tous excités, les deux garçons fêtèrent dignement l'événement dans leur appartement. Une simple chambre dont la seule table croulait sous les livres et les classeurs.

- J'en reviens pas que t'ais réussi ! s'exclama Kenny.
- Oui j'ai eu de la chance ou bien c'est mon génie, ricana Junior.

La soirée se déroula dans une ambiance festive ainsi que presque tout le reste de la semaine.


Le grand jour était arrivé, Kenny attendait à la réception du grand complexe. Son ami Junior avait déjà commencé son travail. Mais il savait qu'ils se retrouveraient dans l'immense vaisseau qui les conduirait sur le Nouveau Monde comme l'appelaient les médias. Enfin une jeune femme à peine plus âgée que lui vint à sa rencontre. Elle se présenta et le guida jusqu'à une salle de briefing. Elle s'appelait Julianne Berringer et était en quelque sorte son supérieur. C'est elle qui dirigeait les services de recherches pour l'expédition. Ses cheveux blonds retenus par une queue-de-cheval se balançaient dans un rythme régulier suivant le déhanchement de la chercheuse. Kenny était subjugué et se retenait à grand peine de fixer les formes voluptueuses de la jeune femme. Elle s'effaça pour le laisser entrer dans une grande salle. Il n'y avait pas de chaises, pas de tables, juste une immense salle avec un écran géant. Le nombre astronomique de personnes dans la pièce était à couper le souffle. Il y avait des militaires que l'on identifiait facilement à leurs uniformes, des civiles, sûrement des chercheurs comme Kenny ainsi que le personnel navigant. Bientôt l'écran géant s'illumina et montra un navire, baptisé Santa Maria, digne des meilleurs films de science fiction. L'objectif fit le tour du bâtiment expliquant aux futurs explorateurs ce qui allait être pour plusieurs mois leur seule maison. Puis on leur expliqua le but de leur mission, les dangers auxquels ils auraient peut-être à faire face. Enfin ils embarquèrent sur une petite navette qui les conduisit en orbite. Le Santa Maria était bien trop imposant pour décoller de la Terre et avait été assemblé en orbite. Il ne devait pas non plus se poser sur le Nouveau Monde et servirait de relais avec la Terre. Julianne donna à Kenny une clef et un plan du navire. Il réussit sans trop de mal à trouver sa cabine et s'y installa. Ce n'était pas très spacieux mais confortable. Un peu plus petit que son appartement, il y avait tout le nécessaire, une cuisinette, même un petit bureau. Le lit s'encastrait dans le plafond pour faire de la place, et les étagères dissimulées dans les murs étaient presque invisibles une fois fermées. Il se hâta de ranger ses affaires. Il avait rendez-vous juste avant le départ pour une réunion avec l'équipe de recherche de son département. Rapidement il sortit pour se mettre en quête du laboratoire. Se perdre dans le labyrinthe des coursives le hantait, mais finalement la signalétique et le plan suffirent à le mener à bon port. Julianne était dans le labo et lui présenta ses deux partenaires.

- Tilia Klan, notre experte en biologie moléculaire et voici Jordan Grey notre chimiste.

Kenny se présenta à son tour et Jordan était aussi excité que lui de partir. Un peu plus âgé, c'était un grand gaillard d'origine africaine, il n'arrêtait pas de faire des suppositions sur le Nouveau Monde. Tilia était plus posée et calme. Cette jeune femme de vingt-cinq ans avait de longs cheveux bruns ondulés qui lui arrivaient au milieu du dos, et des yeux verts qui scrutaient avec attention le matériel qu'on leur avait fourni. Il faut dire que le laboratoire était équipé des dernières innovations en matière de recherche. Un microscope électronique dernier cri attirait plus particulièrement son attention. Kenny s'approcha :

- Nous sommes gâtés par le matériel.
- Effectivement, même à l'université, ils n'en ont pas d'aussi performant, et il paraît qu'on a encore plein de chose à ne déballer que sur place.
Kenny hocha la tête pour confirmer et ils discutèrent ainsi jusqu'à l'heure du départ.

Le voyage fut long et ennuyeux, il y avait bien des occupations à bord du Santa Maria, mais Kenny passa la majeure partie de son rare temps libre à la recherche de son ami. Demandant autour de lui si personne ne l'avait vu. Il passa le voyage entre les différentes réunions ennuyeuses de préparation et son errance dans les couloirs pour trouver la cabine de son ami. Il s'était bien présenté aux bureaux de la Robcorp, mais on lui avait bien fait comprendre que chercher un employé parmi tant d'autres n'était pas leur priorité. Le Santa Maria était immense et même durant les trois longues semaines du voyage il ne parvint pas à en faire le tour complet. C'était un fier vaisseau de forme cylindrique, il tournait sans cesse sur lui-même pour permettre d'obtenir une gravité artificielle. Les cabines des passagers étaient reparties sur plusieurs dizaines d'étages. Il y avait des commerces, des ateliers qui faisaient de cette partie de vaisseau une véritable ville spatiale. Le reste du navire renfermait les laboratoires et des hangars où était entreposé le matériel indispensable à l'expédition. Sortant d'une énième réunion, Kenny se promenait dans les allées de la cité spatiale, laissant vagabonder son regard sur les larges panneaux qui recouvrait les murs. Ceux-ci pouvaient changer d'apparence le plus souvent montrant une grande prairie verte ou une cascade. Ils servaient également à prévenir en urgence la population si besoin. C'est justement ainsi que Kenny sut qu'ils étaient parvenus à destination. Les écrans géants devinrent soudain sombres montrant le vide sidéral, puis apparue au loin une planète géante entourée d'anneaux, plus près encore le métis vit leur Nouveau Monde. Plus l'image se rapprochait plus le garçon fasciné pouvait la scruter en détail. La nouvelle planète ressemblait beaucoup à la Terre : plus petite mais aussi bleue, sa géographie était radicalement différente. Il y avait trois grands continents dont un au pôle sud recouvert de glace. Et tout un archipel d'îles se déployait dans un immense océan qui séparait les deux continents.

Enfin le Nouveau Monde était en vue et son travail pouvait commencer. Kenny se précipita vers le laboratoire tandis qu'une voix sortie des hauts parleurs leur annoncer leur arrivée.

Dans un premier temps, toutes les équipes se mirent d'accord pour organiser les opérations et ils ne durent se contenter de relevés atmosphériques. Il fallait être certain que cette planète pouvait les accueillir sans danger. Le laboratoire confirma rapidement la présence d'un air respirable. Un mélange d'oxygène et d'azote, presque identique à celui de la Terre, quant à la pression et la gravitée elles étaient légèrement plus élevées ce qui ne devait pas poser de souci. Les explorateurs seraient simplement un peu plus lourds. L'ensemble de l'expédition était dirigé par le général Johnson. Aucune décision ne pouvait être prise sans son accord. Il décida d'atterrir sur le plus petit continent dans un terrain dégagé ressemblant à un désert. Kenny aurait voulu être le premier à poser le pied sur ce Nouveau Monde mais, ce fut aux militaires que revint cet honneur. Ils voulaient sécuriser le périmètre avant d'autoriser les civils à descendre. De toute façon seules quelques personnes furent autorisées à mettre pied à terre, heureusement Kenny en faisait partie. Le jeune homme prit donc son mal en patience et débarqua avec la seconde navette. Les premiers jours, il dut refréner son envie de partir en exploration pour aider à monter le campement, de plus les militaires ne leur autorisaient aucune sortie. La petite communauté s'installa, déballa le matériel de pointe et commença à prélever des échantillons. Le général avait établi son campement non loin d'une immense oasis. Tilia avait isolé quelques bactéries dans le sol et put commencer son travail d'analyse.

Ce ne fut qu'au bout d'une semaine que Kenny prit la décision de s'enfoncer un peu plus sur cette terre inconnue. Au volant d'une petite jeep, il s'éloigna du désert, il voulait atteindre l'oasis et étudier la flore plus abondante, ramener quelques spécimens. Julianne aussi impatiente avait proposé de l'accompagner. Cela ne dérangea pas le garçon, il se sentait très attiré par la jeune femme. Son c½ur faisait des bons à chaque fois qu'elle lui adressait la parole. Il suffisait qu'elle passe près de lui pour qu'une bouffé de chaleur lui monte aux joues. Au campement presque tout le monde avait deviné les sentiments que Kenny tentait désespérément de cacher. Il faut dire que le jeune métis ne la laissait pas indifférente. Mais Julianne tenait à garder entre eux un rapport strictement professionnel. Du moins pour le temps de la mission.

Ils s'arrêtèrent à l'entrée de l'oasis. Elle était si grande qu'on aurait dit une forêt, et semblait se prolonger sur plusieurs kilomètres. Les arbres ressemblaient à si méprendre aux espèces connues sur Terre mais tellement plus grand. Kenny se tenait devant un palmier qui atteignait deux fois la taille de ceux qu'il avait vus sur sa planète natale. Tandis que Julianne dessinait des croquis, le métis s'avança dans les bois jusqu'à arrive à une clairière au milieu de laquelle s'étendait une petite mare. Ce qu'il vit, le fit sursauter : de petites créatures bleues volaient au-dessus de l'eau. Elles étaient étranges, d'à peine quelques centimètres, une petite boule jaune flottait au-dessus de leur tête. Elle avait de petites ailes rouges ou roses et ne semblait pas prêter attention à l'inconnu qui débarquait dans leur paradis. Kenny à pas prudent pour ne pas les effrayer s'avança. Il marcha par inadvertance sur une brindille, le craquement sec alerta les créatures qui prises de panique, s'enfuirent dans tous les sens. Étouffant un juron le jeune homme s'approcha de la mare dans l'espoir d'y trouver des restes de repas ou des excréments qui pourraient l'informer un peu plus sur ces animaux. Il était ravi, lui exobiologiste, allait enfin pouvoir faire ses recherches sur une vie extraterrestre plus élaborée que des microorganismes. Même si ceux-ci n'étaient pas verts avec de grands yeux noirs.

Malheureusement il ne trouva rien et ce fut bredouille qu'il revint vers Julianne. Il lui expliqua sa surprenante découverte et fit un croquis des créatures. De retour au camp les deux jeunes gens expliquèrent leur aventure aux autres et bientôt un état d'effervescence régnait dans la petite communauté. Deux jours de suite Kenny accompagné de deux militaires retourna au point d'eau, mais les créatures ne refirent pas leur apparition. Les soldats pensaient que ces animaux pouvaient être dangereux et ne souhaitaient pas que les chercheurs partent seuls. De son côté, le métis était persuadé que c'était la présence des militaires qui effrayait les animaux.

Après plusieurs jours à attendre en vain, Kenny décida d'aller encore plus loin. Au court d'une réunion, il proposa son idée.

- Il y a des animaux, on en a la preuve, il faut simplement chercher plus loin, dit-il, pour tenter de convaincre l'officier.
- VOUS avez vu ces créatures ! Il n'y a aucune preuve qu'elles existent. Docteur. L'expédition retourne en orbite dès demain, répondit le général.

Kenny fulminait, non seulement l'officier le traitait de menteur, mais en plus il voulait mettre fin à sa mission.

- Demain mais nous avons à peine commencé l'exploration, intervint Julianne.
- Vous avez vos échantillons, vous les étudierez dans le vaisseau. Je vais envoyer une équipe pour explorer le terrain.
- Une équipe ? explosa Kenny, vous voulez dire vos soldats, c'est pas une mission militaire que je sache.
- Détrompez vous. Si ce territoire est viable nous devons le coloniser, s'exclama le soldat.

Kenny tombait des nus. Etait-il si naïf pour croire que les militaires étaient là uniquement pour assurer leur protection en cas de danger ? Julianne regarda le jeune homme avec un mélange de tristesse et de pitié. Celui-ci se sentit très mal à l'aise. La jeune femme le prenait elle aussi pour un menteur ? La réunion se finit rapidement la décision était prise et nul ne pouvait revenir dessus. Dans sa tente, ce soir-là Kenny rumina sa rage et établissait déjà un plan pour continuer ses recherches. En peu de temps, il fourra quelques affaires dans son sac à dos et sortit discrètement du campement. Il se rendit à pied dans l'oasis ne voulant pas réveiller les autres avec le bruit du moteur. Il voulait s'assurer d'une courte avance. Il marcha d'un pas vif et atteignit la forêt avant le levé du soleil. Il s'y enfonça pour arriver à la mare, la dépassa et commença son voyage vers l'inconnu, sans se douter qu'il était suivi. Dans les feuillages, deux yeux rubis observaient attentivement le jeune homme.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 14 avril 2009 12:43

Modifié le samedi 26 septembre 2009 09:27

Chapitre 2 : Une rencontre inattendue



Kenny avait passé la nuit entière à marcher pour s'éloigner le plus possible du camp. Il ne doutait pas un instant de la fureur du général lorsqu'il s'apercevrait de son absence. L'officier lancerait sûrement des hommes à ses trousses et Kenny voulait absolument trouver des preuves de la présence des créatures avant de repartir sur le vaisseau. Il voulait surtout prouver sa bonne fois aux yeux de Julianne. La forêt devenait plus dense et il était peu habitué aux longues randonnées. Les trois lunes qui brillaient dans le ciel éclairaient suffisamment le chemin pour qu'il puisse progresser rapidement. Pourtant au bout de plusieurs heures de marche, épuisé, il avait fini par faire une pause au bord d'une rivière. Il était toujours dans la forêt aux arbres géants, le soleil commençait à se lever et perçant le feuillage, ses rayons illuminaient les merveilles de cette nature sauvage. Le paysage semblait paradisiaque. L'eau de la rivière était si claire qu'on voyait le fond chargé de galets. Toute la zone était relativement dégagée, des fleurs multicolores peuplaient la berge ainsi que des plantes ressemblant vaguement à des roseaux. Kenny ne tarda pas à trouver un endroit où s'allonger. L'herbe épaisse lui fournissait un matelas naturel relativement confortable et il s'y endormit rapidement.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, il fut surpris de constater qu'une créature bleue s'était posée sur son ventre et le regardait curieuse. Kenny n'osait faire un geste, de peur de l'effrayer. Retenant son souffle comme si le moindre coup de vent pouvait la faire partir. Ils restèrent un long moment ainsi se dévorant mutuellement des yeux. Le chercheur essaya de graver le plus de détails possible dans sa mémoire. La créature faisait moins de dix centimètres, elle était bleu clair et l'observait avec de grands yeux turquoise. Ses pattes ne comportaient pas de doigts et elle se tenait en équilibre sur ses membres postérieurs. Kenny ne pouvait détacher son regard de la créature, il était fasciné par l'apparition, subjugué par la découverte fondamentale qu'il venait de faire. Ce qui l'obsédait était la petite boule jaune parfaitement ronde qui flottait au-dessus de sa tête. Il avait beau chercher une explication, il ne voyait pas comment cette boule pouvait tenir. C'était contre toutes les lois de la gravité. Conscient que cette fantastique rencontre pouvait changer sa vie, Kenny avança très lentement sa main vers son sac et fouilla l'intérieur à la recherche de son appareil photo. La créature ne bougeait pas d'un pouce, elle bailla, s'étira et s'allongea sur son oreiller improvisé. Tous aussi lentement le jeune garçon se redressa légèrement et porta l'appareil devant la créature. Il prit plusieurs clichés tous en continuant son observation. Il remarqua les petites ailes qu'il avait déjà vues la première fois et constata qu'elle possédait également une petite queue en forme de boule. Cette créature semblait être un ange provenant de l'Eden et durant un court instant Kenny se demanda si il n'était pas effectivement au paradis. Ayant enfin la preuve de leur existence, il tenta de toucher la créature. Ce devait réellement être un ange, son ange gardien qui le rendrait célèbre. Doucement il avança la main vers elle. La petite bête n'était pas endormie et se leva brusquement mais elle ne semblait pas farouche et se contenta de l'observer tranquillement en baillant. Kenny tendit le bras comme pour laisser la créature le flairer. Celle-ci prit la main ouverte mais plutôt que de la sentir, elle la retourna, regarda l'intérieur comme pour y chercher une quelconque trace de nourriture.

- Chao, chao ! s'exclama la créature en retournant la main.

Puis subitement elle sauta de son perchoir et plongea dans la rivière. Kenny se remit rapidement sur pied pour l'observer, mais elle avait disparu. Le jeune homme était sidéré, il était entré en contact avec une vie extraterrestre.

Surexcité il regarda ses clichés, Un seul était à peu près réussi, les autres trop flous ou mal cadrés ne lui seraient d'aucune utilité. Il allait se remettre en chemin lorsque plusieurs créatures bleues sortirent de l'eau et vinrent l'entourer. Les créatures le touchaient, lui tiraient les cheveux ou la manche de son pull. Heureusement elles ne semblaient pas très fortes et cela ne dérangea pas le chercheur. Ravi de sa situation, il se prêta sans broncher au jeu de la découverte. Soudain les créatures cessèrent leurs investigations et se reculant légèrement, elles pointèrent toutes une patte vers Kenny en criant.

- Chao, chao !

Elles ne semblaient pas effrayées, mais le chercheur se demandait ce qui pouvait les mettre dans un tel état d'excitation et tout naturellement il se retourna.


Kenny crut que son c½ur sortait de sa poitrine devant lui se tenait une autre créature, un animal géant. Celui-ci était bien plus inquiétant que les créatures bleues. Plus grand il semblait moins amical et plus fort. La première frayeur passée, le métis observa attentivement la nouvelle créature. Elle ressemblait à si méprendre à un hérisson, mais faisait largement un mètre. Son pelage noir était rayé de bandes rouges sur ses membres et ses épines. L'herbe lui arrivait presque à la taille, mais l'animal se tenait droit sur ses pattes arrières exactement comme les créatures bleues. Kenny n'osa pas utiliser son appareil photo immédiatement, il ne voulait pas effrayer l'animal avec un geste trop brusque. Alors lentement, comme il venait de le faire avec son ange, le chercheur avança doucement la main.

- N'ais pas peur, dit-il d'une voix douce.

Le hérisson ne fit aucun geste, mais à la grande surprise du scientifique se mit à parler.

- No'es ket'ak tochakt.

Kenny resta sidéré, ne sachant plus, ni quoi faire, ni quoi dire. Il existait donc sur ce monde des êtres suffisamment développés pour avoir un langage ? Le chercheur se tapa la poitrine en articulant.

- Kenny, moi Kenny.

La créature le regarda en fronçant les sourcils. Ses yeux d'un rouge éclatant semblaient transpercer le chercheur. Les créatures bleues s'étaient maintenant rassemblées autour du hérisson. Celui-ci se toucha à son tour la poitrine.
- Selic.
Puis il avança la main vers son interlocuteur et répéta :
- Kennymoikenny.
L'interpellé sourit, la confusion était normale, il répéta encore une fois son prénom en articulant bien.
- Kenny.
De nouveau le hérisson géant répéta Kenny, puis désigna les créatures volantes et les nomma.
- Chao.

Il désigna ainsi plusieurs objets : un arbre, un rocher, la rivière, l'herbe et bien d'autres choses que Kenny s'efforçait de nommer également. Ils passèrent ainsi presque toute la matinée, le garçon se servait des photos qu'il avait prises durant son séjour pour nommer d'autres objets qui ne se trouvaient pas dans la forêt. Soudain, leur quiétude fut brisée. Le hérisson géant se leva brusquement tandis que tous les chao s'envolèrent et plongèrent dans la rivière. Kenny ne comprenait pas ce qui avait pu effrayer ainsi ses nouvelles connaissances. Selic se retourna vers lui et murmura :

- Jeep.

Attentif au moindre bruit Kenny finit lui aussi par entendre le moteur.

- Ils viennent me chercher, mais maintenant que j'ai une preuve, ils ne pourront pas interrompre l'expédition.
- N'ais pas peur ce sont des amis. Dit-il à son petit compagnon.

Septique le hérisson hésita. Il se méfiait toujours des étrangers, mais sa curiosité l'emporta et il attendit l'arrivée de la voiture en se terrant dans un endroit ombragé. Le général et Julianne sortirent de la jeep, mais ne virent pas immédiatement l'hybride et se précipitèrent vers Kenny Alors que le général commençait à hurler sur le scientifique, lui reprochant son manque de prudence et de professionnalisme, Julianne se rendit compte de la présence de Selic et laissa échapper un cri de surprise. Le militaire se retourna d'un bloc en dégainant son arme et la braqua en tremblant sur l'hybride. Surpris par cette attitude qu'il voyait bien menaçante, Selic sauta sur la branche d'un arbre et s'enfonça dans le feuillage.

- Non ! cria Kenny, il n'est pas méchant. Il est intelligent, Julianne il parle et je suis sûr de pouvoir lui apprendre notre langue.
- Il est peut-être dangereux ! s'écria le militaire en visant le hérisson.
- C'est vous qui êtes dangereux, vous lui avez fait peur ! s'exclama Kenny.

Julianne tenta à son tour de convaincre le militaire, tandis que le chauffeur de la voiture un jeune soldat était lui aussi sorti l'arme au poing pour prêter main-forte à son supérieur.

- Général, c'est une chance incroyable si nous pouvions l'étudier imaginez les progrès que cela apporterait à la science.

Finalement l'officier rangea son pistolet et fit signe à son subordonné de faire de même.
S'approchant de l'arbre, Kenny essaya de distinguer le hérisson au travers du feuillage et l'appela. Selic était bien décidé à se tenir à l'écart de l'humain qui tenait l'objet menaçant même si celui-ci l'avait rangé dans son vêtement. Comment pouvait-il être sûr qu'ils ne représentaient aucun danger pour les siens ? Il sentait bien que jamais il ne pourrait en apprendre plus sur ces inconnus, si il ne s'approchait pas. Finalement le hérisson sauta de sa branche et atterrit souplement sur l'herbe. L'hybride consentit même à les accompagner jusqu'au campement.


Durant le trajet, Kenny expliqua son aventure à Julianne et lui montra les photos des chao. Selic observait attentivement tous ce qu'il y avait dans la voiture. Particulièrement le Général qui lui aussi ne le quittait pas du regard. Lorsqu'ils arrivèrent, tous les yeux étaient braqués sur l'hybride, chacun voulait le toucher et Kenny dû imposer l'ordre en criant pour avoir enfin un moment de tranquillité. Il fut décidé qu'avec Julianne, le métis se chargerait d'enseigner leur langue à Selic dans l'espoir qu'il puisse leur apprendre plus de chose sur sa planète. Ne sachant pas vraiment comment procéder, Kenny commença par lui monter comme dans la forêt plusieurs objets en les nommant. De son côté, Julianne les observait et prenait des notes sur le comportement de l'hybride. Tilia avait réussi à lui prélever un peu de sang et s'était enfermée dans son laboratoire. Le soir venu Selic s'éclipsa et ne revint que le lendemain avant le réveil des explorateurs.
Ce manège dura presque une semaine, mais Julianne avait rapidement abandonné l'idée de prendre des notes. Le hérisson ne disait pas un mot, répétant seulement le nom des objets que lui désignait Kenny. T'en et si bien que la scientifique commençait à douter de l'intelligence de l'animal. Ses absences du campement toutes les nuits intriguaient les chercheurs mais également le général. Il commençait à soupçonner l'hybride de toutes sortes de complot tous plus extravagant les uns que les autres. Il entreprit de le faire suivre, mais le hérisson parvenait sans peine à semer ses poursuivants. Il s'amusait même à les perdre dans la forêt et ne revenait que le matin pour les guider au campement. Au bout d'une nouvelle semaine, Selic connaissait suffisamment de mot pour faire ses premières phrases. Et Kenny se décida à lui demander ce qu'il faisait de ses nuits car le général s'était mis en tête de l'enfermer. Le hérisson lui expliqua qu'il dormait simplement dans la forêt. De son côté, l'hybride s'efforçait de montrer à ses nouveaux amis des plantes et des fleurs exotiques, ainsi que plusieurs animaux. Bientôt les scientifiques eurent plus d'informations et de données sur la flore et la faune qu'en deux mois de recherches.

Plusieurs fois ils retournèrent voir les chao et une des petites créatures avait adopté Kenny ne le lâchant plus d'une semelle. Selic lui expliqua qu'il arrivait parfois que les chao s'attachent à un hybride et qu'ils changeaient alors d'apparence. Il fallait maintenant que Kenny s'en occupe. Le garçon le baptisa Angel. En moins d'un mois, le hérisson parlait couramment la langue des humains et Julianne dû admettre son erreur de jugement. Kenny qui n'avait même pas réussi à prononcé nom de la rivière et encore moins à le retenir, était sidéré des capacités de son petit compagnon à épines. Angel avait pris une teinte plus foncée et avait élu domicile dans la capuche du sweet de Kenny.


Cela faisait trois mois que les terriens avaient débarqué sur cette planète. Selic tenait absolument à montrer quelque chose à son nouvel ami. Mais il lui expliqua rapidement que la distance à parcourir était très longue. Le savant accompagné de Tilia cette fois se prépara pour l'expédition. Alors qu'il chargeait le matériel dans la jeep, le hérisson l'observait en croisant les bras. Il avait rapidement adopté cette mimique des humains.

- Pourquoi emmener autant de choses ? demanda-t-il soudain.
- Il nous faut des vivres, la tente et le matériel de recherche et des vêtements. On a besoin de toutes ces choses pour travailler et survivre. Expliqua le chercheur.
- Tu n'emportes jamais rien ! Qu'est ce que tu manges ? demanda curieuse la biologiste en déposant un sac de riz dans le grand coffre.
- Des fruits, il y en a partout, pas besoin de les transporter. Répondit l'hybride en haussant les épaules.

Encore une mimique qu'il avait adoptée, Kenny était surpris de la rapidité avec laquelle Selic s'était adapté à eux. Il ne portait aucun vêtement, mais était chaussé de sandales, ce qui prouvait qu'il venait d'une civilisation assez évoluée. La question avait toujours tarabusté Kenny. Selic avait-il des compatriotes ? Probablement mais il n'en avait jamais rencontré, et le hérisson n'en avait jamais fait mention. Les chercheurs, s'ils avaient appris de nombreuses choses sur la planète grâce à lui, ne savaient presque rien de l'hybride. Kenny se promis d'aborder la question durant le voyage.

Enfin le chargement terminé les deux humains et l'hybride partirent. Selic les guida au travers du désert, ils roulèrent une journée entière dans la chaleur puis finirent par s'arrêter dans une petite oasis. Dans le soleil couchant, ils aperçurent une chaîne de montagne se découper à l'horizon. Selic leur expliqua qu'ils allaient au delà de ces montagnes, mais refusait toujours de leur donner la destination finale. Kenny n'avait pas encore posé toutes les questions qui lui brûlaient les lèvres. Les deux humains mangèrent rapidement et s'installèrent pour la nuit. Tilia s'endormit très vite et Kenny en profita pour s'occuper d'Angel et interroger Selic. Il lui semblait soucieux

- Où vas-tu dormir, il n'y a pas de forêt ici ? Tu n'as rien mangé également.

La petite oasis ne comportait que trois arbres et ceux-ci étaient dépourvus de fruits. Il donna un reste de riz à la petite créature qui s'installa confortablement dans ses bras et en proposa au hérisson.

- Il y a des fruits partout, plus loin il y a une forêt sur le flan de la montagne. Répondit Selic en refusant le riz.
Cette bouillie blanche ne lui paraissait absolument pas comestible et dégageait une odeur plutôt désagréable.
- La montagne est encore à plusieurs kilomètres. On va mettre un temps considérable pour l'atteindre. Tu devrais manger un peu et dormir ici.
- Oui on va mettre beaucoup de temps avec la jeep, elle n'avance pas vite, mais si je reste cette nuit, c'est pour veiller. Nous sommes sur le territoire des loups.
Kenny dévisagea son compagnon avec surprise.
- Le territoire des loups ?
- Ils ne sont pas très amicaux envers les étrangers, affirma l'hybride.
- Alors il y en a d'autres comme toi ? d'autres hybrides ?
- Il y a plusieurs peuples, mais seuls les loups vivent sur ce territoire, j'étais venu leur parler lorsque j'ai vu votre vaisseau atterrir.
- Je pensais que tu habitais dans la forêt où je t'ai rencontré.
L'hybride sourit comme si ce que venait de dire Kenny était une blague.
- Je viens de loin. Sur ce territoire il n'y a que le désert et la forêt vierge que la montagne sépare. Les loups ont été bannis du territoire principal il y a de nombreux cycles, tellement que les anciens ne savent plus pourquoi. Je devais leur parler de leur retour, mais ils ont refusé.

Selic lui avait déjà expliqué qu'un territoire désignait en fait un continent, il fut donc estomaqué en comprenant que son compagnon avait fait un voyage de plusieurs centaines de kilomètres.
- C'est quoi un cycle ?
- Un cycle, c'est le temps que met une terre à vivre, mourir et renaître.
Le savant mit quelques minutes avant de comprendre qu'il s'agissait tous simplement des saisons et donc un cycle était une révolution autour du soleil soit une année sur cette planète.
- Sur la Terre, un cycle s'appelle une année. Mais ta planète est plus éloignée, elle met plus de temps à faire un cycle que la mienne à faire un an.

Calculant rapidement de tête le savant poursuivit.
- J'ai vingt et un ans ce qui correspond à environ deux cycles et demi. Et toi quel âge as-tu ?
- Un peu plus de deux cycles. Ta planète se nomme Terre ?
- Oui comment appelles-tu la tienne ?
- Mobius.

L'hybride désigna les lunes dans le ciel et commença à les nommer, arrivé à la planète autour de laquelle Mobius gravitait, il la nomma Sharak.
- Cela signifie deuxième lumière, la première c'est Shon, Kenny comprit qu'il s'agissait du le soleil.

Ils discutèrent ainsi durant plus de deux heures. Selic lui expliqua que son clan vivait sur l'autre continent. Ils étaient nomades ne s'arrêtant que rarement. Il lui parla des hybrides qui composaient l'espèce la plus évoluée de Mobius et de leur système de gouvernement. Jamais le hérisson n'avait autant parlé, fournissant une foule de renseignements pour le chercheur. Les Mobiens comme, ils se nommaient eux-mêmes, n'avaient pas de système politique, juste un conseil de sages représentant tous les peuples à l'exception des loups. Bien qu'il y ait des tensions au sein du Conseil, les différentes communautés n'entraient presque jamais en contact et les différents peuples vivaient plutôt en harmonie. C'était ce Grand Conseil qui avait chargé Selic de retrouver les loups. Kenny appris ainsi que les extraterrestres, qu'il avait tant souhaité voir, n'étaient pas si différents des animaux terrestres. Il avait hâte d'en voir d'autres et suggéra de rencontrer les loups mais Selic s'y opposa farouchement.

Le savant bailla et s'étira. Il déposa précautionneusement Angel, qui s'était endormi, sur le duvet.
- Une dernière question avant que je ne tombe de sommeil pourquoi tu as dit que la jeep n'avance pas vite ? Vous avez des véhicules plus rapides ?
- Non, mais je cours plus vite qu'elle, répondit le hérisson avant de s'éclipser dans la nuit.
Kenny resta interdit, la jeep ne battait pas des records de vitesse certes. Mais elle allait quand même à plus de cent kilomètres heure. Il se dit que Selic avait sûrement mal évalué la vitesse de l'automobile et rentra dans sa tente.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 08 septembre 2009 11:58

Modifié le samedi 26 septembre 2009 09:28

Chapitre 3 : Tout avait si bien commencé




L'hybride hésitait à quitter le campement, le village des loups n'était qu'à une cinquantaine de kilomètres. Se rappelant l'accueil peu chaleureux qu'il avait reçu, il ne doutait pas que la découverte des étrangers ne serait pas de bon augure. Il décida donc de passer la nuit à patrouiller autour du campement attentif au moindre bruit suspect. Il n'avait rien mangé depuis la veille et son estomac criait famine. Mais le hérisson ne voulait pas s'éloigner du camp même quelques minutes pour aller chercher des fruits. Il s'installa non loin des tentes sur une petite roche. Les tentes étaient dans un petit renfoncement et donc invisibles de sa position mais Selic entendait distinctement les ronflements de Kenny. Laissant son regard vagabonder sur l'étendue de sable et de pierre, l'hybride repensa à sa visite chez les loups.

Il existait depuis longtemps une animosité entre les différents clans de Mobiens. Les raisons s'étaient perdues dans les mémoires. Il semblait au hérisson que les jeunes générations n'étaient pas encore prêtes à faire la paix.


On l'avait reçu assez brutalement lorsqu'il s'était présenté comme le messager du Grand Conseil. Il lui avait fallu patienter plusieurs jours avant qu'il ne soit reçu par les Sages. La plupart des hybrides avaient adopté le système de conseil composé des plus sages représentants de la communauté. Le Conseil des loups possédait trois membres, mais permettait à ceux qu'ils en jugeaient dignes, d'assister aux réunions voir même d'intervenir. Ce fut donc dans une large hutte, entouré d'une dizaine de loups que Selic avait été conduit. Il avait tranquillement exposé les désirs du Grand Conseil de les voir revenir au sein du territoire principal. Le hérisson se doutait bien que cette demande si généreuse cachait quelque chose mais il n'était pas assez intime du Grand Conseil pour en connaître les sombres dessins. Il avait compris la méfiance des canidés à l'annonce de la nouvelle et certains d'entre eux n'avaient pas hésité à cracher leur haine tel un venin. Cela ne l'avait pas vraiment touché, il ne se sentait pas concerné par ces querelles. Il n'était que le messager.
On le ramenait à sa hutte lorsqu'un éclair avait illuminé la nuit et sans un bruit, un nuage de poussière avait envahi l'horizon. Toute la communauté des loups s'était alors rassemblée pour observer le phénomène, même ses gardiens n'avaient pu s'empêcher de s'arrêter pour voir le spectacle. Selic avait pu ainsi lui aussi voir l'étrange apparition stellaire. Il était très fréquent qu'une météorite tombe du ciel, mais cela produisait toujours un vacarme infernal. Lorsque la stupeur eut disparu, il avait été rapidement reconduit à sa hutte. Il n'avait pas eu à attendre longtemps la réponse du Conseil. Ils avaient refusé catégoriquement de revenir tant qu'ils n'obtiendraient pas une nouvelle terre au sein de la Forêt Enfouie. Le hérisson savait pertinemment que ce n'était qu'une excuse pour refuser l'offre. Jamais le Grand Conseil consentirait à leur céder un territoire appartenant aux échidnés et les loups le savaient. Ils se méfiaient et Selic ne pouvait pas les en blâmer. Il avait été reconduit aux portes du village, presque aussi brutalement qu'à l'aller.

Curieux le hérisson s'était décidé à aller voir l'étrange météorite. De toute façon, il avait du temps avant de repartir chez lui. C'est ainsi qu'il avait découvert les humains. Selic se rappela les avoir trouvés affreusement laids la première fois, mais le hérisson avait été fasciné. Ils étaient très grands et n'avaient presque pas de pelage excepté sur la tête, et pour certain sur le visage. Il les avait observés plusieurs jours de suite. Un des étrangers l'avait intrigué plus que les autres : Kenny. Il semblait différent des autres. Selic avait été amusé lorsqu'il l'avait vu essayer de surprendre les chao sauvages. Et d'autant plus surpris quand Kenny avait réussi à entrer en contact avec une de ces petites bêtes d'ordinaire si craintives. C'est ce qui avait décidé le hérisson à se montrer et aujourd'hui il ne le regrettait pas. Un ronflement plus bruyant le ramena au présent, et le hérisson se leva pour reprendre sa ronde.

La nuit se passa sans incident, mais ce fut presque à l'aube que les ennuis commencèrent. Au loin, l'hybride aperçut plusieurs loups venir dans sa direction. Préférant prendre les devants pour éviter qu'ils voient le campement ou qu'ils entendent le terrien, il les rejoignit en un éclair. Le groupe était composé de trois loups. Le hérisson reconnut les deux plus grands aussitôt, c'était les guerriers qui l'avaient aimablement reconduit en dehors du village après son entretien avec le Conseil. Le plus vieux avait un pelage d'encre et portait une grande lance aiguisée. C'était un proche de leurs Sages et ses propos méprisants envers le Grand Conseil n'avaient pas échappé au hérisson. Il était plus grand que les deux autres et ses yeux jaunes remplis de haine se posèrent sur Selic.

- Tu es encore ici, va donc dire au Grand Conseil que c'est pour les détruire que nous reviendrons, l'apostropha-t-il.
- Je rapporterais vos intentions, mais je suis resté ici pour aller voir la météorite qui est tombée, il y a quelque temps.
- Nos Sages sont persuadés que c'est un mauvais présage, on n'a pas le droit de s'en approcher et toi tu ne devrais pas non plus ! S'exclama le jeune aux yeux azur.

Lui aussi portait une longue lance à la main, et une large bande de satin bleu lui serait la taille, son pelage blanc et gris clair ressortait clairement dans l'aurore naissante. C'était le plus petit et sûrement le plus jeune du groupe, tout juste un louveteau à peine sorti de l'enfance. Il baissa les oreilles lorsque son aîné le fusilla du regard.
Selic sourit : les loups faisaient toute confiance en leurs Sages, si ceux-ci s'opposaient à une reconnaissance, les terriens étaient tranquilles pour un moment.

Les deux autres loups avaient contourné le hérisson et maintenant celui-ci se retrouvait encerclé.
- Peut-être que le conseil n'a pas besoin de connaître nos intentions, suggéra le troisième.

Il était roux et ricana à sa proposition en retirant une des flèches de son carquois et il la chargea sur son arc tout en le pointant vers le hérisson.
- Qu'en penses-tu Lerss ? demanda-t-il.
- Ce n'est pas idiot ! s'exclama le loup noir en levant lentement son arme vers Selic.

Le hérisson était fatigué par sa nuit de veille et son jeûne forcé, et d'une humeur exécrable. L'attitude belliqueuse des canidés ne lui plaisait guère. Le plus jeune était le plus hésitant et regardait alternativement ses compagnons et le hérisson, mais les deux autres menaçants, tenaient fermement leurs armes. Sentant que les loups étaient bien décidés à en finir avec lui, Selic décida de lancer l'offensive en premier.

D'un mouvement vif, il arracha la lance des mains du loup blanc et la retournant, le frappa violemment avec le manche. Le canidé sonné se retrouva au sol sans même comprendre ce qui lui arrivait. Manquant encore d'expérience, le jeune loup roux décocha sa flèche trop vite sans prendre le temps de viser. Elle passa largement à gauche de la cible et se planta dans le bras de son camarade à terre. Celui-ci poussa un hurlement qui résonna dans la nuit. Le jeune archer se précipita vers son ami en implorant son pardon. Selic se concentra sur le loup noir, c'était le plus dangereux. Tenant sa lance fermement à deux mains, le loup mena l'offensive en se ruant sur le hérisson, qui esquiva d'un pas de côté. Mais le vieux canidé avait de l'expérience ce n'était pas son premier combat. Faisant pivoter son arme, il porta un coup sec sur les mains de son adversaire. Celui-ci étouffa un cri en lâchant l'arme et recula lentement. Selic aurait facilement pu fuir, jamais les loups n'auraient pu le rattraper. Mais cela signifiait abandonner Kenny à une mort certaine, si les loups le trouvaient. En aucun cas il ne le voulait. Alors il fit face. Se jetant sur le canidé, il attrapa le manche de l'arme à deux mains. Les deux hybrides lutèrent ainsi un moment tentant chacun de prendre le dessus sur l'autre. Soudain Selic lâcha l'arme et lança son poing droit dans le visage de son assaillant. Le loup tituba un instant et bascula lentement en arrière. Juste derrière lui se tenait le jeune canidé roux, les yeux humides et rouges de colère, il pointait son arc vers le hérisson. Cette fois-ci il ne répéta pas son erreur et visait avec précision le c½ur de son ennemi. La flèche partie à la vitesse de l'éclair. Selic eut le réflexe de se baisser, ce qui lui évita une blessure mortelle, mais la pointe d'acier se ficha dans son épaule. Le hérisson tomba à la renverse en criant.
La douleur irradiait dans tout son bras. Lorsqu'il leva la tête, le loup au pelage sombre s'était relevé et le menaçait de sa lance. Ses yeux brillèrent de colère et d'une lueur macabre qui ne laissait aucun doute sur ses intentions. Lorsqu'il leva son arme au-dessus de sa tête. Selic était incapable de se lever, tant la douleur était intense. Il tendit son bras valide pour arrêter l'arme lancée vers lui sans grand espoir que cela réussisse. Soudain alors que tout semblait perdu : un bruit sec claqua dans la nuit, comme un coup de tonnerre. Pendant une seconde, le temps s'arrêta, les hybrides restèrent figés par la surprise puis le loup noir lâcha sa lance et porta les mains à son abdomen. Son regard avait soudain changé, le hérisson pouvait y lire l'incompréhension et la peur. Ses yeux devinrent vitreux et il s'effondra, un liquide rouge s'échappant de son ventre. Le loup roux observait tétanisé son camarade baignant dans son propre sang.
Pris de panique, il lâcha son arc et s'enfuit à toutes jambes sans demander son reste, sans même se préoccuper de l'autre loup. Incrédule le hérisson regarda autour de lui et finit par voir Kenny accourant vers lui. Les deux canidés étaient sans connaissance, le noir certainement mort. Selic ne comprenait pas ce qui venait d'arriver ni comment son adversaire s'était retrouvé avec un trou dans le ventre. Il était sauf, ses amis terriens également c'était le principal. Dans un ultime effort, il arracha la flèche de son épaule. La vague de douleur qui déferla fut si violente qu'elle inonda tout son corps, s'empara de son esprit et le plongea dans l'inconscience.



... En orbite, durant ces longues semaines, une véritable citée s'était organisée dans le Santa Maria. Chaque secteur d'activité était plus ou moins compartimenté, mais la partie qui correspondait aux habitations était commune à tous. Une vraie vie de métropole s'agitait dans le navire. Au sein des équipes de recherche géologique, une nouvelle mission avait vu le jour. Elle visait à construire une ville teste sur la planète. Les savants avaient repéré une vaste zone proche de l'océan sur le continent principal et le général Johnson avait donné son accord pour y installer une base permanente.

Personne dans le navire ne souhaitait se transformer en ouvrier de terrassement, il fut donc décidé de charger la Robcorp de la mission. Junior avec ses collègues avaient récolté l'insigne honneur de concevoir des engins suffisamment autonomes pour pallier le manque d'effectif. Ce n'était pas vraiment le genre de taches qu'il aurait souhaité avoir mais il se mit au travail. Le rouquin en était déjà à son cinquième croquis depuis le début de la journée. La construction des machines lui prendrait sûrement du temps, mais il voulait atteindre la perfection. Travailler pour la Robcorp lui servait juste à se mettre un petit pécule dans la poche. Il visait plus haut, il se voyait déjà diriger sa propre entreprise. Devant sa table de travail, il s'arrêta un instant tenant son crayon comme une moustache. Il repensait à son ami d'enfance. Cela faisait plus d'un mois qu'il était sur la planète. Junior n'avait de lui que les nouvelles de ses découvertes et cela le faisait légèrement enrager. Il soupçonnait Kenny de l'avoir totalement oublié. La porte de son bureau s'ouvrit soudain, laissant passer un de ses collègues : John. Celui-ci dirigeait le service et était chargé de superviser le travail de ses subordonnés. De surprise, Junior lâcha son crayon qui roula sous la table.

- C'est pas le moment de rêvasser. Ton travail avance ?

Junior fit la moue et lui tendit les croquis. C'était un jeune homme d'une trentaine d'année, brun, dont les petits yeux porcins brillaient de convoitise. Il portait un costume flambant neuf et une cravate dont la couleur donnait la nausée au rouquin. John regarda attentivement les dessins puis il sembla réfléchir un instant.

- Je les garde ! dit-il en repassant la porte qu'il claqua derrière lui.
- Bonne idée, petit génie ! Et la prochaine fois que tu veux faire croire que tu comprends mon travail regarde les dans le bon sens ! Persifla Junior en se baissant pour récupérer son crayon.

Bien sûr John n'avait pas pu entendre le sarcasme du rouquin et Junior s'en fichait. Il savait que la plupart des soi-disant génies de l'entreprise ne lui arrivaient pas à la cheville. Il se remit au travail et dessina encore dix autres croquis avant d'aller se coucher.


Dès le lendemain matin, on lui apprit qu'une réunion se tiendrait pour voir l'avancé des travaux. Junior se rendit donc immédiatement dans son bureau pour y récupérer ses croquis. Il croisa John qui le pressa de se rendre en salle de réunion. Arrivé dans son bureau Junior crut un moment être en train de cauchemarder. Tous ses croquis avaient disparu de la table de travail. Il n'avait pas besoin d'être un génie pour savoir qui les lui avait pris. Poussant un juron, il se précipita dans la salle de réunion. Lorsqu'il y entra, John présentait les dessins volés.

- Qui est l'auteur de ce travail ? demanda le directeur visiblement satisfait des croquis.
- Mais moi-même monsieur ! s'exclama John.

Junior fulminait, il ne laisserait pas cet ignare se faire moussé pour une tache qu'il n'arrivait même pas à comprendre.
- C'est pas toi qui à fait ça ! hurla-t-il est tapant du poing sur la table.
Junior était un garçon de grande taille, il mesurait près de deux mètres ce qui était assez impressionnant. De plus sa chevelure rousse et désordonnée lui donnait l'apparence menaçante d'un lion prêt à sauter sur sa proie. Un grand silence suivi son coup de colère.

- C'est une accusation grave. Avez-vous des preuves ? s'exclama calmement le directeur adjoint.
- Des preuves ? Demandez-lui pourquoi il y a une dérivation sur l'entrée 57 et pas sur la 58 ! s'exclame Junior.
Les regards se tournèrent vers John qui pour garder de la contenance rajusta sa cravate.
- Je ne vois pas pourquoi je répondrais à de telles accusations. C'est simplement que j'ai oublié de la dessiner.
- Tu n'es vraiment qu'un déchet, il n'y a pas de dérivation du tout, sur aucune des entrées pour éviter la perte d'énergie ! Railla le rouquin.

À sa grande surprise, personne n'eut aucune réaction.
- Vous voyez bien que cet ignare ne sait même pas que quoi il parle ! S'énerva le garçon.
- Je dois être ignare aussi, car je ne comprends pas un mot de vos explications. Je ne veux pas savoir qui a dessiné ces plans. Je veux voir le résultat. Vous commencerez la construction dès demain. Ensemble ! Expliqua calmement le sous-directeur en insistant bien sur le dernier mot.

Sur ces bonnes paroles, il mit fin à la réunion. John quitta précipitamment la pièce en faisant un large détour pour éviter de passer près de Junior. Celui-ci avait du mal à contenir sa colère. Il en voulait à John bien sûr, mais aussi à tous ses autres collègues qui étaient restés sans rien dire et au directeur qui n'était même pas capable de comprendre son travail. Ce n'était qu'un bureaucrate qui ne s'intéressait qu'aux chiffres d'affaire de la société. Junior se demandait parfois pourquoi il s'était retrouvé dans l'expédition. Sûrement pour négocier à prix d'or les futurs contrats. Il lui rappelait cruellement son père. Contrairement à Kenny, le rouquin n'avait jamais douté que le but premier de cette mission était bien de coloniser ce Nouveau Monde et il était bien décidé à avoir lui aussi sa part du gâteau.

Junior passa le reste de la journée à se calmer, en bricolant divers petits robots de sa conception. L'un faisait office de valet de chambre, l'autre de masseur. Il reprogrammait ce dernier pour veiller sur son bureau. Il ne se referait pas prendre deux fois au piège, et préférait prendre les devants. Lorsqu'il se coucha, il se prit à souhaiter que l'idiot de service fasse un tour dans son antre. Uniquement pour tester son nouveau jouet.

Le lendemain, la construction des machines débuta, Junior avait presque oublié sa rancune tellement le travail l'absorbait, il était dans son élément. Lorsque Kenny lui avait proposé de faire des études en biologie, il avait hésité. Bien sûr il allait à l'université uniquement pour être avec son seul ami et surtout loin de sa famille. Junior n'avait jamais aimé son père, un père absent qui préférait son argent à son fils. Le rouquin refusait même d'utiliser son vrai prénom car c'était celui de son paternel. Parallèlement, il avait seul, appris les mystères de la robotique. Sa formidable capacité à retenir sans problème de grandes quantités d'informations l'avait largement aidé. En fait il ne travaillait pas beaucoup, il lui suffisait de lire un document pour le retenir par c½ur.

Il surveillait d'un ½il critique, et dirigeait d'une poigne de fer les centaines d'ouvriers qui assuraient la construction de ses machines. Dans quelques jours, le premier prototype verrait le jour, et l'ensemble de ses collègues pourraient constater d'eux-mêmes, à quel point John était un imbécile.

Les premiers prototypes de robots ouvriers furent un véritable succès et les travaux de terrassement commencèrent rapidement. Sur la planète, une équipe réduite d'hommes suffisait au fonctionnement des machines. La plupart d'entre elles étaient totalement autonomes et ne demandaient qu'un minimum d'entretient. Junior supervisait la création d'une chaîne de montage automatisée, et n'avait que faire de la colère des ouvriers qui voyaient ainsi leurs gagne-pain s'évanouir. Heureusement le travail ne manquait pas sur le vaisseau et le taux d'inactivité dans la communauté frisait le zéro. Junior avait récolté les honneurs et les félicitations de ce formidable succès. John fut relégué au rang de simple ouvrier et se retrouva sous la direction de Junior au grand plaisir de ce dernier.

En à peine un mois, la chaîne de montage fonctionnait à merveille, et la construction avançait à grands pas. Les fondations furent presque achevées, le débarquement du matériel commença. Junior était enfin reconnu pour son grand talent et il se sentait fier. Pour la première fois on le remarquait pour ce qu'il faisait. Il savait que la Terre recevait régulièrement des informations sur l'avancée de l'expédition et il ne pouvait s'empêcher d'espérer que son père avait suivi son travail. Force est de constater que si il avait toujours méprisé son père, il avait toujours recherché inconsciemment son soutient et son admiration. Ce bonheur fut malheureusement de courte duré. Des incidents de plus en plus inquiétants sur le chantier commencèrent. Les machines s'arrêtaient ou explosaient sans raison, le matériel de pointe était saccagé par des robots devenus subitement fous. Rapidement des doutes sur la fiabilité des exceptionnelles machines de Junior étaient apparus à la direction. Un jour, il fut convoqué. Lorsqu'il entra dans le bureau le rouquin se retrouva face au directeur et au général Johnson.

- Avez-vous une explication ? demanda simplement son supérieur.

Junior ne comprenait pas, il était persuadé que le problème ne venait pas de ses machines. Il avança toutes sortes d'hypothèses y compris celle du sabotage et finit par demander l'autorisation de descendre pour tirer l'affaire au clair.
Le général s'y opposa farouchement.

- Hors de question de prendre des risques, dès demain je fais revenir toutes les équipes d'exploration et de construction.

- Nous enverrons nos hommes pour résoudre le problème !! Si les machines sont bien responsables de ces ennuis nous aviserons. Expliqua le militaire.
Il quitta la pièce laissant Junior seul avec le directeur.

- Si vos engins sont responsables de la perte de ce contrat, vous pourrez faire une croix sur votre avenir au sein de notre entreprise.

Le directeur avait parlé calmement d'un ton détaché sans même un regard sur le garçon. Junior ne remarquait aucune agressivité, mais cela lui fit l'effet d'une douche froide. Sans rien dire il prit congé et retourna dans sa cabine. Déjà dans les couloirs, il entendait les gens chuchoter à son passage, ou changer brusquement de conversation. On lui attribuait déjà l'annulation du projet.
Trois jours plus tard la population du Santa Maria découvrait Selic, au travers des vidéos et des rapports de l'équipe au sol. Kenny vivait son heure de gloire tandis que Junior avait l'impression de vivre une descente aux enfers.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 26 septembre 2009 09:25